Accueil > MÉDIAS - Vidéos - Articles & liens Internet > "Pour Haïti"- compte-rendu de Hugues Saint-Fort

"Pour Haïti"- compte-rendu de Hugues Saint-Fort

Jean Senat Fleury - Blog - 9 mai 2010

lundi 10 mai 2010, par Desnel

Pour Haïti : Florilège de textes inédits d’écrivains et poètes du monde en soutien au peuple haïtien
Coordonné par Suzanne Dracius. Éditions Desnel 2010.
Compte-rendu de : Hugues Saint-Fort

Pour lire l’article cliquer ici : "Pour Haïti" sur JSF

Extraits :

"Heureusement, aujourd’hui, quatre mois après l’horreur, on commence à voir les manifestations de cette « harmonie sans frontières orchestrée pour Haïti ». Elle nous vient ici sous la forme d’une publication « Pour Haïti » (Éditions Desnel, 2010) coordonnée par Suzanne Dracius. Universitaire d’origine martiniquaise, écrivaine de fiction et relativement connue aux États-unis, Suzanne Dracius entame avec ce livre sa première expérience haïtienne. Il est facile d’imaginer la persévérance, la rapidité, et le courage dans le travail qu’il lui a fallu pour mettre sur pied, trois mois à peine après la tragédie du 12 janvier une publication à laquelle cent trente écrivains et poètes du monde entier ont contribué. Un nombre aussi important de contributeurs nécessite des nuits de veille à faire l’indispensable travail d’édition, des suivis prolongés, des contacts constants avec les auteurs, l’imprimeur…De par mes qualités de co-rédacteur en chef d’une revue savante destinée à des universitaires, je sais très bien ce dont je parle et je tiens à féliciter Mme Dracius.

Comme le titre l’indique, tous les textes de ce florilège se réfèrent à Haïti. Leurs auteurs viennent d’Haïti bien sûr mais en très petit nombre (René Depestre, Jean Métellus, Joël Des Rosiers, Yves-Romel Toussaint, Gary Klang, Josaphat-Robert large, Denizé Lauture Fred Edson Lafortune, sont ceux que Suzanne Dracius a retenus). Mais il y a aussi des Antillais (Martiniquais et Guadeloupéens) célèbres tels que Daniel Maximin, Maryse Condé, Ernest Pépin, et d’autres moins célèbres ; des Français de l’Hexagone, des Vietnamiens, des écrivains américains (Jack Hirschman), cubains (Zoé Valdès), congolais (Alain Mabanckou) sans compter un ensemble innombrable d’écrivains et de particuliers venant de l’Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc) et du sud du Sahara… Quatre langues cohabitent dans ce texte : le français, en écrasante majorité, l’anglais, l’espagnol et le kreyòl (avec deux superbes poèmes du talentueux écrivain haïtien Denizé Lauture). Pour donner une idée de la qualité des textes choisis par Dracius, je citerai des passages tirés de cinq écrivains : Josaphat-Robert Large, Denizé Lauture et Fred Edson Lafortune, tous trois haïtiens ; puis, Alain Helissen qui vit à Sarrebourg, en France et Daniel Maximim, le grand écrivain guadeloupéen.
Le texte de Josaphat-Robert Large est intitulé « J’ai envoyé mon cœur en Haïti » et l’auteur l’a écrit pour Georges Anglade, le grand géographe et écrivain de fiction qui a péri au cours du tremblement de terre. C’est un texte en prose de quatre pages et demie dans lequel Large qui devait rentrer en Haïti le jour même du tremblement de terre pour participer au festival francophone « Étonnants voyageurs » se retrouve bloqué à l’aéroport de Fort-Lauderdale en Floride.
Du fond des pensées survint d’abord un regret : celui de n’avoir pas eu le temps de me rendre sur les lieux. Et ensuite, une impulsion envahissante : le désir de partager les souffrances de mon peuple. Une idée folle en fin de compte : aller mourir aux côtés des victimes !

Le texte de Denizé Lauture est un extrait d’un long et superbe poème écrit en kreyòl et qui porte le titre « Kout Manch Pilon nan Mitan Sèvèl Tèt » (Coups de pilon à vous fendre la tête). Il a été traduit en français par Josaphat-Robert Large et Suzanne Dracius.
« Sete yon apremidi
Yon apremidi
Toupre lanjelis
Toupre lannuit
Yon apremidi modi
Yon madi apremidi
Premye jou madi
Apre premye sòti Madigra
Yon jou madi madichon
Yon jou madi lanfè. »

… Le texte qui suit est un poème d’un autre écrivain haïtien, Fred Edson Lafortune qui l’a dédié à Roumain.
« Quand passeras-tu nous revoir Wongolo
Avec cette fosse comme une fleur sauvage »

Le quatrième texte que j’ai retenu pour célébrer la qualité des choix de Suzanne Dracius est d’Alain Helissen. C’est un court poème tendre et inoubliable qui s’intitule « La secousse est en moi ».
« La secousse est en moi
Venue d’Haïti
Que je ne connais pas
La secousse est en moi
Et ses images de mort
Que l’on ne compte pas »
[…]

Je terminerai avec quelques extraits d’un extraordinaire poème de Daniel Maximim qui s’intitule « Par toi-même, Haïti ». C’est une longue ode douloureuse à quelques chefs-d’œuvre de la littérature haïtienne mais aussi à nos espoirs, nos passions et notre culture unique.
« Le temps a suffi au séisme
Le temps d’un cillement de terre
Pour faire l’état de ton non-lieu
Une petite corruption de plaque dans tes grands fonds »
…"