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Suzanne Dracius, "Exquise déréliction métisse" dans Cultures Sud

Notes de lecture par Delia Blanco

vendredi 5 février 2010, par Desnel

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Suzanne Dracius, Exquise déréliction métisse

Notes de lecture par Delia Blanco

| le livre

Suzanne Dracius est poète, surtout de la résonnance des mots, c’est en eux qu’elle trouve l’écho de toute notre diversité insulaire. Les langues se déploient dans ses vers comme un horizon large et ouvert ou prennent place, peu à peu, les métaphores, les images et les douleurs de nos mémoires. La concience est présente...

Pour appréhender que tu existes,
Piler le ravet d’un pied ferme.
Piler le ravet jusqu’au terme,
Et ton métissage avancer.

Suzanne Dracius emploie le verbe avec du rythme. Elle bat la cadence, comme un avertisement avec des effets incantatoires à la manière du conteur...

Que monte, ô victoire, ton cantique...

Ses poèmes sont communiquants, ils veulent dire et attirer des prises de conscience, faisant de ses poèmes des espaces pour des slogans oubliés...

Chabin de toute façon tu es mal
Pour faire négro tu as le teint trop pâle.

Il n’y a aucune hésitation, dans son envol lyrique, à changer de ton et passer d’un langage d’érudite à une interpellation populaire et spontanée :

Te voilà estampillé canaille
Arabe ou beur.
Plus tu es couleur
Moins tu es visible.

Lorsqu’elle est traduite en espagnol, sa poésie pourrait rejoindre la tradition des poètes engagés de Cuba et de Puerto Rico, car elle devient témoin des crises urbaines des banlieues, et il n’est pas étonnant que la langue espagnole dans ses vers transmette une musicalité encore plus proche du rap.

Le choix de vouloir construire un livre de poésie avec la diversité des langues de la région caribéenne est un parti prix, qui dans cette Exquise déréliction métisse trouve un sens dans la mesure où la poéte veut rassembler des sensations, des contextualisations humaines face au racisme, au sexisme, à l’incompréhension des pouvoirs et créer ainsi le partage d’un sentiment, d’une impression poétique qui invite les citoyens et les citoyennes de la Caraibe, à devenir de plus en plus complices.

Le langage est étonnant. Il peut foisonner de mots emblématiques et précieux pour retomber ensuite dans l’appel de la familiarité. La formation classique de cette poétesse lui permet sans doute de changer de registre langagier avec l’aisance et la saveur de quelqu’un qui vit le métissage à travers les strophes et les cadences rythmiques.

Ce recueil est à lire dans l’esprit insulaire du navigateur. Il permet de faire un voyage et de jouer avec les images et les situations. On sent chez l’écrivain une volonté de rompre pour l’essentiel avec la barrière des langues, nous voyons à travers ce recueil la possibilité d’une mise en espace et d’une lecture où l’on pourrait se retrouver et s’entendre.

Delia Blanco