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Article sur "Qui ne connaît pas Monsieur Domota ?" et la collection Anamnésis dirigée par Suzanne Dracius

dans ANTILLA du 24/12/09 par Jude Duranty & Patrick Mathelié-Guinlet

dimanche 17 janvier 2010, par Desnel

L’espace de la rencontre littéraire, autour d’un titre en librairie, hormis le fait que les médias en parlent, reste le moyen de communication le plus approprié pour permettre à un auteur — ou aux auteurs, dans le cas d’un ouvrage collectif comme Qui ne connaît pas Monsieur Domota ? — de faire connaître le contenu du livre.
Le 14 décembre à l’Atrium, salle Frantz Fanon, Rosa Moussaoui, coauteur de l’ouvrage, journaliste à la rubrique politique de l’Humanité en charge des DOM, et Malik Duranty, qui a préfacé le livre, en plus des deux Premiers Lecteurs, Lisa David et Patrick Mathelié-Guinlet, ont animé le débat autour du contenu de cet essai, un regard croisé de plusieurs contributeurs, dont Monchoachi que l’on ne présente plus, et Frantz Succab, journaliste et dramaturge guadeloupéen auteur de la pièce à succès « Conte à mourir debout ». L’ouvrage se termine par la postface de Jérôme Maucourant,
universitaire spécialiste de l’histoire des faits et de la pensée économique
à l’université de St-Étienne.
L’écrivain Suzanne Dracius était présente à la tribune à double titre : non seulement pour présenter son ouvrage Exquise déréliction
métisse
lauréat du Prix Fetkann décerné à Paris au Café de Flore, mais aussi en tant que directrice de la collection « Anamnésis ». « Qui ne
connaît pas Monsieur Domota ?
 » est le 2è titre de cette collection, après Vincent Placoly, un créole américain de Jean-Georges Chali, universitaire à l’UAG, préfacé par Edwy Plenel. « Désobéissance à l’injonction d’oublier », l’anamnèse est le contraire de l’amnésie : cette collection a pour but de ne pas effacer de nos mémoires des personnages de notre histoire qui ont fait date,
que les moments soient récents ou plus anciens. L’accueil fait par les lecteurs aux deux premiers ouvrages de cette collection a marqué les ventes en librairie ici et ailleurs.
Anamnésis répond donc à un besoin du grand public, une attente d’ouvrages
de vulgarisation moins académique et universitaire, tout en gardant un aspect pédagogique et de lecture plaisir. Pour paraphraser Suzanne Dracius qui, lundi soir, disait que « Ce n’est pas un livre « people » mais un livre où l’on fait peuple », à noter que l’ouvrage ne se contente pas de présenter Élie Domota, mais reprend les fondamentaux qui ont uni le peuple en Guadeloupe et en
Martinique durant plusieurs semaines lors du mouvement social de janvier-février 2009. La prétérition, figure de style de la langue française
utilisée par l’éditeur dans le titre, appelle au questionnement : connaît-on vraiment les causes fondamentales de ce mouvement social et la totalité des revendications et problématiques qui ont fédéré tant de monde dans les rues de Pointe-à-Pitre et Fort-de-France ? Comme le préconise Malik Duranty dans sa préface « Ce livre, lisez-le en ordre, en désordre, d’un coup, par à-coups,
de bout en bout ou par petits bouts, debout ou couché, mais lisez-le. Car, en raisonnant un peu, nous pourrions dire que “nous ne sommes pas en perte de repères. Mais que, maintenant, il y a beaucoup de repères […]" ».
Question à Patrick Mathelié-Guinlet, poète et slameur, Premier Lecteur :
Quelle est votre réaction à la lecture de Qui ne connaît pas Monsieur Domota ?
— Bien que très concerné par les mouvements sociaux qui se sont déroulés de mi-janvier à début mars 2009 en Guadeloupe et Martinique, je ne suis pas fanatique des livres d’analyse politique que je trouve généralement quelque peu indigestes, mais la lecture de "Qui ne connaît pas Monsieur Domota ?"
(paru aux éditions Desnel dans la collection Anamnésis, collection dont
le but est de nous empêcher d’oublier comme son nom l’indique) a eu l’heur de me surprendre agréablement et m’apprendre une foule de choses (moi qui pensais pourtant le connaître…). La variété des points de vue respectifs des auteurs sur ces évènements accroît la richesse et l’intérêt de cet ouvrage collectif dans lequel il est bien plus question de nous faire comprendre ce qui a
amené cette explosion populaire avec Élie Domota en porte-drapeau
que de nous donner sa biographie. Il faut ajouter que ce livre, préfacé par
Malik Duranty, doctorant en Sciences-Po à l’UAG ayant pris part à la mobilisation au sein du collectif de jeunes "Martinique-à-venir", se lit facilement et est aussi passionnant qu’un bon roman.
Tout d’abord Rosa Moussaoui, journaliste politique à L’Humanité,
nous brosse de son regard acéré une analyse très complète du mouvement,
de ses raisons, de l’état et aussi de l’état d’esprit de nos Antilles post-coloniales après une enquête en profondeur qu’elle émaille d’extraits de ses entretiens avec Élie Domota et de citations des témoins référents qu’elle a rencontrés.
Puis Frantz Succab, journaliste guadeloupéen indépendant (chroniqueur
à l’hebdo satirique Le Mot phrasé) et auteur de chansons et de théâtre, retrace avec pertinence et humour, à travers l’historique sociopolitique
de la Guadeloupe, toutes les causes et les étapes (historiques, économiques et culturelles) qui ont conduit au LKP, depuis son mode de peuplement initial en passant par les périodes de l’esclavage puis de la colonie, pour aboutir à la départementalisation où la Guadeloupe est devenue une colonie de consommation en totale dépendance économique.
Dans le 3ème volet, Monchoachi donne le point de vue d’une poétique philosophique et humaniste dont il a le secret, qu’il développe en essayant de dégager les causes profondes au-delà du politique et de l’économique dont les règles et le discours sont toujours définis par l’Occident productiviste et colonialiste, du mal de vivre antillais, de la perversion par la société productiviste des rapports de l’être humain à son environnement naturel (qu’il
nomme « le très, très proche »).
Pour terminer cet ouvrage, Jérôme Maucourant, universitaire, nous livre une brillante synthèse du travail de tous ces auteurs à propos de cette grève dont la motivation n’était pas seulement de simples revendications économiques mais également une aspiration sousjacente à devenir les décisionnaires de notre avenir et les maîtres de nos choix de vie en un temps où la question de l’évolution statutaire de nos îles est de brûlante actualité.
Ma conclusion sera que pour qui souhaite mieux comprendre ce séisme
populaire qui a secoué la Guadeloupe et la Martinique et les racines de notre mal-être, ce livre est idéal et qu’aucun Antillais concerné qui se respecte ne devrait faire l’impasse de sa lecture…
Propos recueillis par Jude Duranty.
ANTILLA n° 1383 - 24/12/09 - pages 32-33.

« Qui ne connaît pas Monsieur Domota ? » préfacé par Malik Duranty —
co-auteurs : Rosa Moussaoui — Frantz Succab — Monchoachi — Jérôme
Maucourant.
Collection Anamnésis dirigée par Suzanne Dracius — Prix éditeur : 22,80 €— 264 pages.