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Nicolas Guillén

publié dans "Memories", anthologie poétique éditée chez Desnel

jeudi 4 octobre 2007, par Desnel

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Métis, fils d’un imprimeur, né à Camagüey à Cuba le 10 juillet 1902, Nicolás Guillén est le grand nom de la poésie cubaine. Issu d’un milieu ouvrier, après son bac en 1920 il fit des études de droit pendant un an et devint avocat avant de se tourner vers le journalisme en fondant, en 1923, la revue Lirio.
« Un homme qui a lutté toute sa vie pour l’indépendance et la dignité de son île, Cuba, en est aujourd’hui le poète national. Nicolas Guillén (1902-1986), dans sa personne et dans sa poésie, incarne le destin des Antilles : le métissage » écrivait de lui Claude Couffon, grand passionné de l’Amérique latine, dont il traduisit avec rigueur et sensibilité les plus grandes voix de la poésie contemporaine.
Guillén s’inscrit dans le mouvement de rénovation artistique du début du XXème siècle. Poète-journaliste engagé, il a mené toute sa vie une lutte contre l’exploitation et les injustices sociales. En poursuivant un idéal révolutionnaire, il a également révolutionné la poésie en langue espagnole. Son œuvre poétique se fonde sur le questionnement de l’identité culturelle du Cubain, identité construite essentiellement à partir du métissage, mêlant l’apport culturel des Indiens Siboney habitant l’île avant l’arrivée des Espagnols, celui des esclaves noirs originaires d’Afrique de l’Ouest devenus main-d’œuvre dans les plantations de canne à sucre, et celui des Espagnols, descendants des colons qui ont introduit leur langue et leur culture sur l’île de Cuba à partir du début du XVIème siècle, époque de la colonisation.
Dans ce contexte, pour Nicolás Guillén la poésie devient un lieu de recherche où l’élément « noir » en tant que composant social et culturel a sa place au même titre que l’héritage de la poésie en langue espagnole. Ses poèmes non seulement dénoncent l’exploitation des esclaves, expriment leur souffrance, leur rage et leur désespoir, mais se proposent simultanément de révolutionner le langage poétique puisque le poète cherche à transposer dans la langue écrite la sonorité, la musicalité et les rythmes d’origine africaine ainsi que les formes musicales nées des métissages sur l’île. Par conséquent, les rythmes et les sonorités pratiquées par les esclaves noirs font intrusion dans la langue de Cervantès et cette poésie appelée « poésie noire » devient le lieu d’expression d’une revendication de reconnaissance, celle de l’identité culturelle métisse. Nicolás Guillén revendique l’identité afro-cubaine à travers la poésie et par la même occasion réconcilie la forme littéraire culte et la culture populaire, la musique, les rythmes, les tambours des anciens esclaves et l’écriture. L’œuvre poétique devient l’expression de l’identité cubaine afro-hispanique et en même temps contribue à la faire vivre dans toute sa richesse au-delà des frontières des genres littéraires.
C’est en 1930 que Guillén publie ses premiers poèmes, Motivos de son, dans une revue de La Havane. Inspirés de la tradition musicale populaire afro-cubaine, ses textes empruntaient leur thème à la vie et au langage des Noirs et des mulâtres de La Havane. Guillén inaugurait ainsi ce qui devait fonder l’essentiel de sa poétique, l’appel au respect de la personne humaine et l’éloge du métissage entre les cultures noire et européenne.
Il développa ces thèmes dans ses recueils suivants, Sóngoro Cosongo (1931), West Indies Limited (1934) et plus tard Elegías (1948-1958), La Paloma de vuelo popular (1958), Tengo (1964), où s’affirmait son refus de l’injustice, de la colonisation et de l’impérialisme.

Puis Guillén amorça une évolution politique importante : ne se satisfaisant plus désormais de peindre la vie de tous les jours des pauvres et des opprimés, il commença à lutter en leur faveur.
Les poèmes Para soldados y sones para turistas (1937) manifestent son engagement croissant.
Cette même année, il quitte Cuba pour voyager au Mexique, en Amérique du Sud et en Espagne, où il prend part à la guerre civile aux côtés des républicains. Le recueil España, poema en cuatro angustias y una esperanza (1937) traduit l’admiration de Guillén pour le patrimoine espagnol et son désespoir devant sa destruction.
Il obtient le Prix Staline international pour la paix en 1954.
S’étant exilé à Paris après le coup d’État de Batista en 1952, Guillén y revint en 1959 après la révolution castriste, et devint membre actif du Parti communiste et chantre du régime.
Plusieurs de ses poèmes ont été mis en musique par le chanteur Paco Ibáñez, en particulier Soldadito Boliviano, qui est un poème sur la mort de Che Guevara, chanson qui eut un énorme succès en 1969 auprès des jeunes, le Che étant un modèle de révolutionnaire pour la jeunesse en colère de la fin des années 60.
Il publia des poèmes sur son expérience de la guerre en Espagne, ainsi que des portraits de ses amis républicains, En la guerra de España (1988).
Elu président de l’Union des écrivains et artistes de Cuba en 1961, il fut proclamé « poète national » et occupa des fonctions administratives jusqu’à sa mort à La Havane en 1989.

Son originalité, sa maîtrise des techniques poétiques liées à son engagement politique ne se sont jamais démenties. Les traductions de ses oeuvres ont permis à un vaste public de s’initier à la culture afro-cubaine, profondément originale, que Guillén a tenté de préserver en fondant la Sociedad de estudios afrocubanos.