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Article sur "Hurricane, cris d’Insulaires" dans le Bulletin critique du livre français

par Dominique Ranaivoson

samedi 14 juillet 2007

Dominique Ranaivoson Avril 2005

BULLETIN CRITIQUE DU LIVRE FRANÇAIS
12, rue de la Montagne Sainte-Geneviève
75005 Paris

L’étrange titre rouge sur fond noir, qui signifie en créole « tout ce qui vient des Amériques », donne d’emblée un ton violent à cette anthologie poétique placée sous le signe des cyclones, les vrais à la « hurricane season » (231) et les poétiques. Chargés de « donner une vision d’ensemble de notre univers caribéen » (9), ces poèmes traduisent « l’insularité plurielle et multiforme » (9) qui s’étend au-delà de la région puisque seuls 14 poètes sur 23 sont Antillais. Les auteurs sont présentés par ordre alphabétique, du Martiniquais et aîné Aimé Césaire (qui est à A) à Derek Walkott, poète anglophone de Sainte- Lucie, prix Nobel de littérature en 1992. Entre eux, nous trouvons les « grands » connus, le Guadeloupéen Daniel Maximin, le Haïtien Jean Métellus, la Martiniquaise Suzanne Dracius et les poètes publiés dans leurs îles ou encore à découvrir : Max Rippon à Marie-Galante, Julienne Salvat à La Réunion,, Umar Timol à Maurice, Emmanuel Tjibaou en Nouvelle-Calédonie, Jean-Paul Ferrec à l’île d’Ouessant, Jacques Fusina en Corse ... Leurs invités non insulaires, l’Algérien Nabile Farès, le Camerounais Dakeyo, le Congolais Kamanda sont associés à la révolte commune contre l’image exotique projetée par les continentaux nommée ici le « doudouisme insulaire » (10). Chaque auteur est présenté par une bio-bibliographie assez précise, mais sans date de naissance, si bien que les générations sont volontairement indistinctes ce que l’on peut regretter.
Il est dommage que la thématique garante de la cohérence du projet soit uniquement négative : le synopsis précise bien que « chaque création y dénonce avec véhémence quelque chose, se révolte contre » (10). Il faut craindre que ce nouveau portrait d’insulaire n’enferme aussi mais dans d’autres schémas car c’est à chaque lecteur de comprendre contre quoi s’orientent ces textes effectivement bouillonnants. Brefs ou très longs, écrits en créole, en anglais (traduits ensuite) ou en français, ils veulent tous emmener le lecteur dans des univers chaotique pour tenter, de page en page de « comprendre ce que disent les îles [...] dans leur jargon secret d’algues et d’oiseaux » (Césaire, 15). Ces îles parlent d’identité complexe, d’exil, d’humiliations, de violence, de femmes à la vie dure ; elles sont pour chaque auteur « le centre du monde » (221), de son monde, où il invite à entrer par ses mots, respectueusement. Après ce recueil, nous cesserons d’envier les insulaires et de faire de leurs îles des paradis pour dépliants touristiques. Ces cris rassemblés organisent de manière neuve l’identité insulaire en bousculant les frontières culturelles, politiques et linguistiques. Un nouveau pays surgit de cette poésie : l’Ile, tout simplement. « Nos îles en nous sont là toujours » (71). Il faut saluer l’éditeur, insulaire aussi, et nouvellement établi aux Antilles.

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